Sylvain Fontaine

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Horreur

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Lundi, janvier 14 2013

L'étrangleur de Boston


L'étrangleur de Boston

L’étrangleur de Boston n'a pas été conçu comme un film d’horreur, mais il marque une étape supplémentaire par-rapport à Psychose. D’abord dans l’examen des dégâts provoqués par le tueur, détails très crus pour un film produit par un grand studio en 68 (« la victime a-t-elle été violée ? – Non, le docteur n’a relevé aucune trace de sperme »). Psychose apparait finalement très pudique sur l’aspect sexuel de la tuerie maniaque. Ensuite sur l’examen du psychisme du tueur. Le film d’horreur montre le tueur comme une machine à tuer plus ou moins sophistiquée. L’étrangleur de Boston consacre son dernier quart à l’approche de l’énigme d’un tueur psychotique : il n’est pas un monstre, mais un enfant apeuré. Le dernier plan laisse une impression durable, celle de cet enfermement typique du thriller horrifique, mais là c’est le tueur qui n’en sort pas. Qu'on considère que dans Halloween, 10 ans plus tard, le tueur est explicitement décrit comme une menace incompréhensible qui ne mérite qu’un traitement, l’extermination : il est permis de penser que tout le film d’horreur des 40 années suivantes est une régression par-rapport à ce film de grande classe.

Dimanche, février 6 2011

L'exorciste




Le film le plus terrifiant de tous les temps ? Il s'est quand même produit, depuis 40 ans, quelques vrilleurs de nerfs bien éprouvants. A titre personnel je recommanderais The thing, de John Carpenter, La guerre des mondes de Steven Spielberg, ou 28 jours plus tard de Danny Boyle. Et on est allé beaucoup plus loin dans l'horreur et le sordide. On peut s'en faire une idée ici : http://horreur-web.forumactif.com/t6961-top-20-films-troublants
Néanmoins il est étonnant qu'un film de 1973 soutienne encore la comparaison avec le meilleur de ce qui l'a suivi. Le spectateur qui ne l'a pas vu aurait d'ailleurs intérêt à éviter la version de 2000, dite « intégrale », que 11 minutes supplémentaires et quelques effets spéciaux numériques ne font qu'alourdir. Si L'Exorciste vieillit aussi bien, c'est sans doute que, tout en jouant la carte de la terreur, il est plus riche et original que 99% de ce qui s'est produit depuis.
Antechrista
Le film emprunte d'abord la voie du paranormal : les troubles du comportement d'une jeune fille que la médecine, pourtant lourdement équipée, n'arrive pas à diagnostiquer. Le film raconte ainsi un long martyr qui commence sur les tables d'examen d'une clinique. Suit une longue dégradation morale et physique. Bientôt le visage de la jeune fille est lacéré sous ses propres coups. Et pire. Il y a un tel acharnement sur ce corps que le film serait définitivement choquant si la jeune fille n'était pas son propre tortionnaire. Un chemin de croix, en quelque sorte, non plus salvateur mais autodestructeur. Ainsi donc on devine le visage du démon à travers celui d'une enfant : il est décoloré, boursoufflé, lacéré, aux yeux exhorbités.
L'épouvante en plein jour
Un des procédés courants de l'effroi fantastique est la déterritorialisation. Projetter des personnages dans un territoire vide d'autres présences humaines est un bon moyen de susciter l'inquiétude. Par exemple dans Shinning. Ou jeter un voile d'étrangeté sur les choses familières en les plongeant dans la nuit. L'exorciste est ce film qui présente la particularité d'installer l'épouvante dans une maison cossue de centre-ville, l'après-midi, dans la chambre d'une gentille jeune fille.
Lumière d'automne
Le film se déroule à l'automne. C'est aussi l'automne d'un monde, William Friedkin a capté l'air du temps. La mère de l'héroïne, une actrice, est sur le tournage d'une saga politique qu'elle qualifie de « vie d'Ho Chi Min vue par Walt Disney ». C'est la fin de l'élan révolutionnaire. Un astronaute est convié à une soirée, la chose est devenue banale. La foi des prêtres vacille. S'il n'était pas entré dans les ordres, le héros serait devenu un psychiatre aisé, et aurait pu offrir une fin de vie digne à sa mère, qui est morte dans un hospice. Dans ce film les héros vacillent, ils doutent, ils ont peur.
Le retour du refoulé
C'est un film très calme, que certains trouvent même trop lent, quasiment sans musique. Les brusques convulsion de la bête n'en sont que plus choquantes. Ses cris finissent par emplir la maison. Quelque chose veut être entendu qu'il n'est pas possible d'ignorer. C'est le retour du mystique et du sacré dans une société où il n'a plus sa place. On fait donc appel aux catholiques, qui dans la psyché américaine sont tenus pour de vieux sorciers, pour guérir la jeune fille par le rituel de l'exorcisme. Cette silhouette de l'exorciste de l'affiche, devenue célèbre, est d'ailleurs ambivalente : elle baigne dans une lumière étrange. Certains spectateurs sont d'ailleurs d'abord convaincus que la menace du film, c'est lui. Le retour du sacré se fait par sa face terrifiante. Jamais la formule « la littérature fantastique est fille de l'incroyance » (Louis Vax) n'a mieux été illustrée.
Requiem
Un fameux cinéaste européen, réputé lui-aussi pour ses films fantastiques, a un jour déclaré que L'exorciste le gênait en l'obligeant à croire aux dogmes chrétiens pour pouvoir adhérer au film. Il y a d'ailleurs un contrepoint rationaliste à L'exorciste, avec un bon film allemand de 2006, Requiem, qui n'est pas un film fantastique, mais l'étude psychologique d'une jeune femme qui se sent assaillie par des forces occultes. L'histoire est située dans les mêmes années. A se demander si Requiem n'a pas été conçue comme une réplique à L'exorciste. Ce qui serait assez vain. Car de quel sacré s'agit-il dans L'exorciste ? Un détail attire peu l'attention des commentateurs : le père Karras doute de l'authenticité de la possession lorsque la jeune fille, sous l'effet d'une aspersion de pseudo-eau bénite, se tord de douleur. Et les incantations de l'exorcisme ont l'air bien dérisoires face à la puissance de la bête. L'exorciste ne croit pas en Dieu, mais il croit au Diable. La bête joue avec les hommes et leurs croyances. D'ailleurs, le seul ajout pertinent de la version de 2000 est un court dialogue entre les deux exorcistes, où le Père Merrin conclut que la bête a choisi une jeune fille pour mieux désespérer les hommes. Ce n'est pas par une intervention divine, mais par le sacrifice et une volonté retrouvée au bord du gouffre que la bête sera vaincue. A la fin, demeurent la mélancolie et le mystère.