The rise of a planet

Howard Phillips Lovecraft

« Ce qui est, à mon sens, pure miséricorde en ce monde, c'est l'incapacité de l'esprit humain à mettre en corrélation tout ce qu'il renferme. Nous vivons sur une île de placide ignorance, au sein des noirs océans de l'infini, et nous n'avons pas été destinés à de longs voyages. Les sciences, dont chacune tend dans une direction particulière, ne nous ont pas fait trop de mal jusqu'à présent ; mais un jour viendra où la synthèse de ces connaissances dissociées nous ouvrira des perspectives terrifiantes sur la réalité et la place effroyable que nous y occupons : alors cette révélation nous rendra fous, à moins que nous ne fuyions cette clarté funeste pour nous réfugier dans la paix et la sécurité d'un nouvel âge de ténèbres. »

Howard Phillips Lovecraft, Dans l'abîme du temps (1935).


Pierre Teilhard de Chardin

« Autour de nous, les Sciences du Réel étendent démesurément les abîmes du temps et de l'espace ; et elles décèlent sans cesse des liaisons nouvelles entre éléments de l'Univers. En nous, sous l'exaltation de ces découvertes, un monde d'affinités et de sympathies unitaires, aussi anciennes que l'âme humaine, mais rêvées jusqu'ici, plutôt que vécues, s'éveillent et prennent consistance. Savantes et nuancées chez les vrais penseurs, naïves ou pédantes chez les demi-instruits, les mêmes aspirations vers de l'Un plus vaste et mieux organisé, les mêmes pressentiments d'énergies inconnues et employées sur des domaines nouveaux, apparaissent partout à la fois. Il est presque banal, aujourd'hui, de rencontrer l'homme qui, sans pose, tout naturellement, vit avec la conscience explicite d'être un atome ou un citoyen de l'Univers.

Cet éveil collectif, semblable à celui qui fait prendre, un beau jour, à chaque individu, la conscience des vraies dimensions de sa vie, a nécessairement sur la masse humaine un profond contrecoup religieux, - pour abattre ou pour exalter.

Pour les uns, le Monde se découvre trop grand. Dans un pareil ensemble, l'Homme est pedu, - il ne compte pas : nous n'avons dès lors qu'à ignorer et à disparaître. - Pour les autres, au contraire, le Monde est trop beau : c'est lui, et lui seul, qu'il faut adorer. »

Pierre Teilhard de Chardin, Le milieu divin (1926).


Quelle autre littérature que la science-fiction a répondu à ce formidable élargissement de la conscience ? Et dans quelle mesure la science-fiction l'a-t-elle faite ? Dans quelle mesure la science-fiction a-t-elle été sérieuse ? Questions pour le critique.