Vinyan
J'ai vu un beau film fantastique francophone : Vinyan, du belge Fabrice du Welz. Quoique parlé en anglais, car il s'agit d'une coproduction franco-belgo-anglo-australienne, on l'assimilera à une production francophone, l'équipe technique et la distribution relevant principalement de la francité. Sortie en octobre 2008, une réputation peu flatteuse m'avait dissuadé de voir ce film ; c'est bien dommage.

L'argument : une couple d'occidentaux, Jeanne (Emmanuelle Béart) et Paul (Rufus Sewell : Dark cityChevalier) a perdu son fils en Thaïlande, au cours du tsunami de 2004. Au cours d'une réunion de charité destinée à réunir des fonds pour une région isolée du pays, la projection d'une vidéo tournée sur place fait apparaitre une silhouette qui évoque l'enfant perdu. Jeanne s'accroche résolument à cet espoir, et entraine son mari dans un voyage aux confins de la Thaïlande et de la Birmanie, aux confins du monde des vivants et des morts...
 
Vinyan se distingue d'abord par la luxuriance de son image, les paysages étonnants que peut recéler la péninsule indochinoise, les couleurs pétillantes des scènes nocturne qui évoquent Apocalypse Now. La bande-son a fait aussi l'objet d'un gros travail, moins par la musique (plutôt discrète) que par l'ambiance qu'elle distille.
 
La parenté avec Apocalypse Now se fait aussi par l'action, un languissant périple dans une zone de jungle, moins languissant quand même que celui d'Aguirre, la colère de Dieu (Werner Herzog), mais évoluant semblablement vers une situation de plus en plus déliquescente et des paysages de plus en plus fantasmagoriques, et bien fascinants. 
 
Vinyan est une expérience de cinéma, dont l'aspect énigmatique et méditatif irrite certains. Evidemment, si on n'a que les séries américaines comme référence filmique... Mais ce film n'est pas tout à fait singulier dans le paysage contemporain, ses qualités, son traitement esthétisant des thèmes de l'aventure et du merveilleux évoquent un autre film récent, Valhalla rising (Le Guerrier silencieux, 2009). Que plusieurs cinéastes oeuvrent dans cette voie étroite est une bonne nouvelle pour tous ceux qui sont fatigués du canon hollywoodien.