Vinyan
Par Sylvain Fontaine le lundi, janvier 14 2013, 00:55 - Fantastique - Lien permanent

J'ai vu un beau film fantastique francophone :
Vinyan, du belge Fabrice du Welz. Quoique parlé en anglais, car il s'agit d'une
coproduction franco-belgo-anglo-australienne, on l'assimilera à une production
francophone, l'équipe technique et la distribution relevant principalement de la
francité. Sortie en octobre 2008, une réputation peu flatteuse m'avait dissuadé
de voir ce film ; c'est bien dommage.
L'argument : une couple d'occidentaux, Jeanne
(Emmanuelle Béart) et Paul (Rufus Sewell : Dark city ; Chevalier) a perdu son
fils en Thaïlande, au cours du tsunami de 2004. Au cours d'une réunion de
charité destinée à réunir des fonds pour une région isolée du pays, la
projection d'une vidéo tournée sur place fait apparaitre une silhouette qui
évoque l'enfant perdu. Jeanne s'accroche résolument à cet espoir, et entraine
son mari dans un voyage aux confins de la Thaïlande et de la Birmanie, aux
confins du monde des vivants et des morts...
Vinyan se distingue d'abord par la luxuriance de
son image, les paysages étonnants que peut recéler la péninsule indochinoise,
les couleurs pétillantes des scènes nocturne qui évoquent Apocalypse Now. La
bande-son a fait aussi l'objet d'un gros travail, moins par la musique (plutôt
discrète) que par l'ambiance qu'elle distille.
La parenté avec Apocalypse Now se fait aussi par
l'action, un languissant périple dans une zone de jungle, moins languissant
quand même que celui d'Aguirre, la colère de Dieu (Werner Herzog), mais évoluant
semblablement vers une situation de plus en plus déliquescente et des paysages
de plus en plus fantasmagoriques, et bien fascinants.
Vinyan est une expérience de cinéma, dont l'aspect
énigmatique et méditatif irrite certains. Evidemment, si on n'a que les séries
américaines comme référence filmique... Mais ce film n'est pas tout à fait
singulier dans le paysage contemporain, ses qualités, son
traitement esthétisant des thèmes de l'aventure et du merveilleux évoquent un
autre film récent, Valhalla rising (Le Guerrier silencieux, 2009). Que plusieurs
cinéastes oeuvrent dans cette voie étroite est une bonne nouvelle pour tous ceux
qui sont fatigués du canon hollywoodien.